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Coups de coeur / coups de gueule

Vénus Noire

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VenusnoireIl faut absolument aller voir Vénus noire, le dernier film d’Abdelatif Kechiche, l’auteur engagé de L’esquive et de La graine et le mulet. Pas seulement pour ses qualités cinématographiques (réelles mais discutables) mais parce que ce film est un miroir dans lequel nous pouvons observer et évaluer les tendances racistes qui sommeillent en chacun de nous ; parce qu’il invite à s’interroger sur ce qui fait la dignité humaine, au-delà même du consentement ; parce qu’il conteste à l’empathie son rôle de nécessaire intermédiation entre les victimes et leurs sauveurs ; et parce que Kechiche en a fait une expérience unique, dont les spectateurs heureusement portés à l’introspection ne peuvent sortir tout à fait indemnes.

Ayant moi-même l’ambition (dans le cadre de mes activités théâtragogiques) d’utiliser le théâtre pour permettre aux spectateurs, sur une thématique donnée, de s’affranchir des idées reçues avant de les aider à reconstruire des opinions stables et motivés, j’ai été captivé du début à la fin par ce formidable spectacle, que bien des critiques ont trouvé trop long mais dont on verra pourquoi il ne saurait être plus court. Non manichéen, complexe, puissant, dérangeant mais donnant de très nombreuses clés de compréhension, Vénus noire est le parfait exemple de ce que doit être à mon sens un spectacle pédagogique d’aujourd’hui, une œuvre s’adressant à un public que la complexité ne rebute pas, qui la réclame même, pour aller au fond des choses et comprendre ce qui fabrique nos stéréotypes et nos préjugés. Il ne lui manque au fond que de l’avant et de l’après, des échanges et des débats, des explications sur les choix faits et les partis pris d’auteur dont chacun est certainement le fruit d’une ambition pédagogique qui parfois peut-être nous dépasse. En l’absence de cette préparation et de cette exégèse, on ne peut d’ailleurs comprendre qu’un film d’une telle violence, à l’image et au verbe si crus, ne soit interdit qu’aux enfants de moins de 12 ans.

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Moi, la finance et le développement durable

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imagefinanceddfilmA voir absolument !

Voilà un film qui a toute sa place dans le répertoire de la théâtragogie : Moi, la finance et le développement durable, sorti sur les écrans nationaux le 29 septembre. Jocelyne Lemaire Darnaud, la réalisatrice, "se sert de son temps de cerveau enfin disponible pour titiller la Finance sur sa responsabilité face au développement durable".Tout y est : la pédagogie, la confrontation de points de vue contradictoires, le questionnement, la mise en perspective, la réflexion...

Ce film, non manichéen, explore de façon très pédagogique et très accessible à tous : la naissance de l'investissment socialement responsable (ISR) en France et à l'étranger, ses différentes formes (de l'investissement d'exclusion à l'investissement solidaire), les limites de cet investissement d'un nouveau genre, les évolutions qu'il encourage, la prise de conscience à laquelle il contribue inévitablement, les questions qu'il soulève, les contradictions qu'il recèle...

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Faut pas prendre les messies pour des gens ternes

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pierresoubestreJ’étais à Avignon pendant la deuxième semaine du festival et nous avons vu, dans le « off », plusieurs spectacles innovants, talentueux et sympathiques, à côté, il faut bien le dire, d’autres productions affligeantes, y compris d’ailleurs dans le « in ». L’un de ces spectacles mérite vraiment qu’on s’y attarde même si son titre, que seuls les afficionados de jeux de mots douteux trouveront formidable, ne dit malheureusement rien, ni du thème traité, ni de la performance de Pierre Soubestre, l’auteur-interprète : Faut pas prendre les messies pour des gens ternes, seul en scène présenté aux Ateliers d’Amphoux le matin de bonne heure.

Saluons l’auteur tout d’abord qui nous propose une critique fort intelligente du capitalisme, du libéralisme, de la mondialisation, du mélange des genres et de l’affairisme en politique. Le pitch déjà est une trouvaille : confier à un ouvrier, chômeur en fin de droits, la défense inconditionnelle d’un capitaliste de famille ayant organisé la sauvegarde de son patrimoine industriel sans se préoccuper des dommages collatéraux provoquées par ses décisions. Planté sur son banc de philosophe de misère, ému jusqu’aux larmes du coup de klaxon reconnaissant que son ex-patron lui donne de sa voiture de sport, voilà notre homme qui vitupère les syndicats rétrogrades, comprend la nécessité d’une adaptation industrielle qui se fasse au détriment de salariés ne sachant ni ne pouvant s’adapter, applaudit aux malversations footballistiques du capitaine d’industrie, soutient le capitaliste candidat aux élections locales, participe à l’écrasement de ses adversaires en politique, se trouve fier d’occuper un emploi fictif au service exclusif des intérêts familiaux du potentat local et déplore cette justice revancharde qui harcèle l’homme public, tout dévoué à l’intérêt général. Jusqu’au dénouement inattendu, drôle et pour tout dire théâtral. Les mots font mouche, la contre critique est acerbe, plusieurs jeux de mots sont à mourir de rire. Il faut avoir entendu notre chômeur se venter d’avoir réussi sa vie à cinquante ans comme en témoigne la possession d’un… solex ! Ou plaindre les riches qui n’ont pas le bonheur de toucher le RMI quand leurs affaires vont mal et dont on imagine bien les difficultés de ne vivre désormais qu’avec un patrimoine d’à peine trois millions d’euros : « une misère, quand on a tant possédé ! ».

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Le syndrôme du Titanic

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Prosélytes du développement soutenable, nous avons couru voir, le jour même de sa sortie, Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre. Comme nous apprécions l'homme et son engagement militant, nous en attendions beaucoup et les premières critiques lues dans la presse ou sur quelques blogs, nous inquiétaient quand même un peu. Nous voilà rassurés : ce film est formidable.

Formatées peut-être par l'idée que « le je est haïssable », quelques critiques reprochent à Hulot d'avoir donné une vision trop personnelle. C'est vrai qu'il y a des maladresses dans cette confession. Mais la sincérité des convictions et des doutes d'un aussi grand témoin du monde tel qu'il est, nous touche de plein fouet. Et l'on se souvient que l'imperfection manifeste des Lettres persanes ne peut enlever à l'œuvre de jeunesse de Montesquieu, la pertinence de son observation et la remise en question vigoureuse des certitudes pluralisées du monde d'alors. Les questions sont là, presque toutes : le partage des richesses entre le nord et le sud, les nouveaux modes de production et de consommation (pour ne plus « consumer » les ressources de la planète), la régulation du capitalisme qui nous pousse à créer des besoins dont nous n'avons que faire, la nécessité d'inventer du changement efficace et non violent.

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