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Le syndrôme du Titanic

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Prosélytes du développement soutenable, nous avons couru voir, le jour même de sa sortie, Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre. Comme nous apprécions l'homme et son engagement militant, nous en attendions beaucoup et les premières critiques lues dans la presse ou sur quelques blogs, nous inquiétaient quand même un peu. Nous voilà rassurés : ce film est formidable.

Formatées peut-être par l'idée que « le je est haïssable », quelques critiques reprochent à Hulot d'avoir donné une vision trop personnelle. C'est vrai qu'il y a des maladresses dans cette confession. Mais la sincérité des convictions et des doutes d'un aussi grand témoin du monde tel qu'il est, nous touche de plein fouet. Et l'on se souvient que l'imperfection manifeste des Lettres persanes ne peut enlever à l'œuvre de jeunesse de Montesquieu, la pertinence de son observation et la remise en question vigoureuse des certitudes pluralisées du monde d'alors. Les questions sont là, presque toutes : le partage des richesses entre le nord et le sud, les nouveaux modes de production et de consommation (pour ne plus « consumer » les ressources de la planète), la régulation du capitalisme qui nous pousse à créer des besoins dont nous n'avons que faire, la nécessité d'inventer du changement efficace et non violent.

Ne souhaitant pas être dérangées par de tristes constats, d'autres critiques reprochent au film l'absence d'ouverture vers des solutions possibles, crédibles et rassurantes. On pense à Guy Bedos se moquant de ceux qui auraient préféré que les juifs et les arabes ne se tapent pas sur la gueule à l'heure du dîner. En homme de communication averti, Yann Arthus-Bertrand (YAB) avait, lui, évité le piège qui finissait son film à grand spectacle sur des champs d'éoliennes et des fermes photovoltaïques. « J'ai vu », nous disait-il d'ailleurs, sans que quiconque ne songe à lui reprocher sa vision personnelle du monde.

Hulot ne cherche pas à nous rassurer. Il endosse courageusement le rôle de Cassandre et le joue avec passion. Il faut bien que quelqu'un s'y colle. Jusqu'au bout : il annonce une vérité (qui toujours dérange), regrette d'être le porteur de nouvelle, espère se tromper sans y croire et ne propose rien de plus nécessaire à l'humanité que d'avoir à préciser courageusement ses intentions pour elle-même.

Le syndrome du Titanic sort vigoureusement l'écologie de la vision esthétique qu'en a donnée YAB. Oserais-je dire que je m'étais un peu endormi devant ses très belles images ? C'était du déjà vu, une version animée du message qu'il martèle pourtant avec raison : sauvons la planète ! Or, précisément, l'objectif de l'écologie en tant que programme politique, n'est pas seulement (si je puis dire) de sauver la planète. C'est d'abord de sauver l'humanité. Loin d'être un imbécile, Hulot sait que le développement soutenable est une solution proposée pour gérer le problème de « notre avenir à tous », « en commençant par les plus pauvres ». Un film écologique n'a pas besoin d'être époustouflant de beauté (objectif que le film cherche pourtant à atteindre et c'en est presque dommage). Il doit montrer le monde tel qu'il est, terrible et menaçant pour les plus démunis d'entre nous, quelque trois milliards de femmes et d'hommes. Ne sauvons pas la terre parce qu'elle est belle mais sauvons le monde de sa laideur. N'économisons pas le pétrole pour que nos voitures roulent plus longtemps mais pour que d'autres après nous jouissent de la terre le plus longtemps possible.

Hulot fait plus que lancer un cri d'alarme, il sait que la peur ne supprime pas le danger. Il nous donne surtout la direction dans laquelle nous trouverons peut-être le salut. Ne comptons pas seulement sur le progrès même si nous en aurons de toute évidence besoin ; comptons d'abord sur notre désir d'humanité.